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La postface de "Maigrir et voir La Vie en Rose"
"Les top-models ne sont pas des êtres modèles, mais des êtres modelés. Par des industries sans cesse plus prospères, qu’elles soient pharmaceutique, cosmétique, chimique ou agro-alimentaire. Leur moyen : faire rêver le chaland. Qui s’épuise à gogo dans ses régimes, s’étourdit dans les yo-yo de sa courbe de poids, et reporte sans cesse ses espoirs dans le prochain régime, sachet ou pilule miracle, qui lui offrira une nouvelle chance pour tenter de copier à corps-joie les images de ces corps tant convoités. On a les modèles qu’on mérite. Soit. Mais il faut admettre que nous sommes mis à rude épreuve par les médias : seuls les corps sveltes et jeunes y sont valorisés, magnifiés, plébiscités, imposés. Comment décider par nous-mêmes dans un tel vacarme omniprésent ? Comment y préférer être potelé plutôt que “affiné” ? Comment résister quand la logique commerciale dominante est de nous faire ressembler aux normes mondialisées diffusées avec insistance et puissance ? Ce modèle valorise l’image, le factice, l’instant et l’émotion, aux dépens du sens, la réalité, la continuité et la raison. L’industrie des régimes tourne à plein régime (un quart des Français a tenté de maigrir au cours des 12 derniers mois : 32 % des femmes, 15 % des hommes), mais le nombre des obèses et des déprimés du pèse-personne ne diminue pas. Le secret est de polichinelle et il n’est de pire sourd que celui qui ne veut entendre. Car chacun devrait reconnaître, au bilan des expériences personnelles comme des scientifiques, que dans près de 85 % des cas, les régimes, ça-ne-mar-che-pas. Régime exutoire, régime faire-valoir ou placebo illusoire : beaucoup se trompent de cible quand ils décident de maigrir. Car enfin, pourquoi maigrir ?
Paris, début du XXIe siècle. Vous promenez votre minceur avec ostentation car vos formes font plaisir à voir et affichent autant votre souci de réussir que d’appartenir à une échelle sociale élevée. Paris, début du XIXe siècle. Vous promenez votre embonpoint avec ostentation car vos formes font plaisir à voir et affichent autant votre souci de réussir que d’appartenir à une échelle sociale élevée. En quelques générations seulement, le symbole s’est inversé. Dans une société d’abondance, la minceur est devenu un signe de reconnaissance d’une élite, la réussite est proportionnelle à la légèreté, l’insouciance des apparences, alors que l’embonpoint est devenu synonyme de laisser-aller, maladie et précarité. Dans une société de plus en plus conditionnée et surveillée, le corps se fait forger, sculpter et dompter. Dissociés de ce que nous sommes vraiment, nos corps deviennent des enveloppes de représentation, des cartes de visite standardisées et livrées à la tyrannie du regard des autres. Une carte de visite volontiers tatouée, “piercée”, ou transformée en œuvre d’art, voire en clone de Pamela ou de Barbie par la magie du bistouri. Une carte de visite volontiers, aussi, martyrisée. Maigrir est une épreuve de volonté à la mode. Parfois même un mode de vie où l’enfer du décor au quotidien révèle d’étranges pratiques d’auto-punition, où l’on réduit sa pitance comme on fait pénitence, où chaque kilo perdu apporterait un ersatz de bonheur, voire de sainteté. Est-ce une si bonne raison pour maigrir ? La chasse au 0 % de matière grasse amène vite au 0 % de matière grise.
Rêvons un instant. De résister et ne plus obéir aux messages dominants, de décréter que la banalisation n’est pas la normalité, de traiter tous les modèles à “l’antimythe”... Rêvons qu’aux OGM, malbouffe et vache folle, nous choisissions, nous les gourmets et gourmands, de nous opposer avec humilité et chacun à notre façon. Par exemple en préférant les produits du terroir, en adoptant une alimentation naturelle et de bon sens, certainement à base de fruits et légumes, le dernier îlot de propreté exempté (mais pour combien de temps encore ?) des expériences des Dr Mabuse, Moreau, Frankenstein et Folamour. Imaginons que nous puissions choisir et associer nos propres “être bien”, “bien-être”, “bien-vivre”, “bien-vieillir”, “savoir-vivre”, “savoir-être”, “savoir-manger”, en toute liberté. Rêvons de maigrir si tel est notre nécessaire besoin de santé, non pas en mangeant moins, mais en mangeant mieux. Imaginons que nous puissions aussi faire “maigrir” notre vie, l’alléger du superflu, la simplifier, et nous aurions vite découvert que, un cran en dessous, juste un cran en dessous, la vie est tellement plus facile, simple, douce, harmonieuse, heureuse... Bonheur rimerait enfin avec Minceur.
Ce n’est qu’un rêve ? Mais le rêver, c’est déjà s’en approcher... Et nous sommes de plus en plus nombreux à faire le même rêve. Ici, comme à l'autre bout de la planète...
Que les vents vous soient favorables et vous emmènent jusqu’au bout de vos rêves.
Et surtout, vivez bien...
Dominique Glocheux"
© Editions Albin Michel, Paris, 1997-2005
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