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La postface de "La Vie en Rose, Mode d'Emploi"
"La vie n’est pas une répétition comme au théâtre. On ne vit qu’une fois. Vous n’aurez jamais une autre occasion de vivre la présente seconde. Ni toutes les suivantes. Alors, autant la vivre belle. Voir la vie en rose. Et pour cela, pas besoin d’être ceinture noire de kama-suthra. Ou d’abuser de quelque substance que ce soit. Au contraire. Les idées les plus simples sont les plus fortes. Le rêve serait de pouvoir se coller des ailes d’ange dans le dos, pour s’envoler très haut. Quitter tout ce qui ne va pas. être enfin aux anges. Nager dans le bonheur. Toute la vie, toute la vie. Je vous prête mes ailes quand vous voulez ... mais gare à la chute ! Car les premières ailes qui aient jamais réussi à me hisser vers le bonheur, sont celles qui ont poussé un jour dans ma tête. Sans doute tout ce qui me restait à faire : un chauffard avait brisé ma carcasse, j’étais incapable du moindre mouvement. Cloué au lit. Comme un papillon épinglé dans une collection. Ne pas bouger. La tête envahie de papillons noirs. Puis après des mois et des mois, est né le premier papillon rose. Puis un autre. Puis un autre. Bientôt des centaines. Et toute ma vie a changé.
Chacun des 512 items de ce livre, commence par une demi-aile de ces papillons roses. A vous de reconstituer vos propres papillons. A votre façon. Et laissez le charme agir. Laissez-les se colorer en rose et se multiplier dans votre tête : aile-vez votre esprit, élevez vos papillons. Et à votre tour, vous vous sentirez pousser des ailes. Plus besoin de les coller, vous décollerez tout seul, sans effort. Comme par magie.
Dans l’Antiquité le travail était réservé aux esclaves. Dégradant, humiliant. Pendant des siècles, personne n’aurait perdu sa vie à vouloir la gagner. Saint Thomas d’Aquin préconisait même l’oisiveté. C’est au XIXième que le travail devient valeur universelle : on travaille 17 heures par jour, de l’enfant en bas âge au vieillard de 45 ans.
Crise de 1929 : il faut écouler les richesses, passer à la société de consommation. Le salarié redécouvre le “temps libre”. Puis c’est le message de mai 68 : la valeur “travail” est poignardée sur les barricades. Pour des motifs socioculturels.
La croissance des années 80 permettra un timide retour : ils voulaient bosser à fond, créer des entreprises, devenir des Big Boss : c’était la Boss Génération. Mais dix ans après, que sont-ils devenus ? Ils voulaient réussir dans la vie. Avant de réussir leur vie. Bingo ! Aujourd’hui, ils font presque tous partie de la Prozac Génération.
Là-dessus, la crise économique n’a rien arrangé. Pire : une avalanche de périls l’amplifie. Faillites idéologiques, fracture sociale, intégrismes, démission des élites, désertion civique, etc. La liste est longue ! Et les médias font chaque jour leur travail, formidable caisse de résonance. Résultat : partout, le sentiment d’un peuple assiégé. La morosité est chronique, la désillusion générale, le chômage dans tous les esprits. On se terre. On a peur. Pire : certains désespèrent. Serions-nous au bord d’un gouffre ?
Prenons un peu de recul : 3, 4 vies humaines, seulement. C’était hier. Depuis 1850, l’espérance de vie est passée de 45 à bientôt 85 ans. Le travail remplissait 70% d’une vie, aujourd’hui 12%. Nous travaillons SIX fois moins que nos arrières-grands parents (voir calculs ci-dessous #1) . Et ce n’est pas fini : notre société est en train de brader discrètement le travail. Pour des raisons économiques. Et au rythme où vont les choses, l’histoire risque de se répéter très vite et les générations futures s’étonneront peut-être d’apprendre un jour que nous aussi, nous abaissions à travailler.
Le travail est une valeur parmi d’autres. La plupart sont en pleine mutation, voire en perdition. Nous vivons une crise autant morale qu’économique. ça craque de partout. Rien de plus normal à l’échelle de l’histoire humaine. Mais à l’échelle d’une vie humaine, nous pouvons avoir l’impression d’être à bord du Titanic. Coulera, coulera pas ?
Jusqu’au XVIIIème siècle, la morale venait “d’en haut”. La société respectait des principes sacrés et intangibles, choisis et dictés par la religion. En bref, les valeurs et les modèles (les saints) étaient en quelque sorte imposés à l’homme de l’extérieur.
Avec la laïcisation progressive de notre société, la plupart de ces obligations austères ont été contestées puis dévaluées. Résultat : l’homme se retrouve aujourd’hui libéré d’une soumission béate aux forces intemporelles. Pour la première fois, il a la formidable liberté de choisir seul, à l’intérieur de lui, ses valeurs, sa morale, son mode vie. Et refuser les commandements imposés par l’extérieur. Mais le vide devant lui est vertigineux. Il est libre comme jamais dans son histoire. Mais libre de quoi ? Autour de lui, tout est libre, ouvert, mais sans âme. Sans valeurs ?
Des signes réconfortants apparaissent déjà : ici ou là, des réflexes immunitaires qui traduisent le plébiscite de valeurs fortes comme la justice, l’honnêteté, l’enracinement, la générosité, la loyauté, l’honneur. Des valeurs qui ressortent plus fortes des combats qu’elles viennent de livrer. Exemple : en réflexe au désarroi d’une période sans repères, au futur aléatoire, chacun cherche aujourd’hui un cadre structurant et rassurant dans ses rapports avec son entourage. à introduire pudeur et douceur dans ses rapports humains. à renouer le lien social, à le ritualiser grâce aux bonnes manières, la bienséance, la politesse, la courtoisie. Nous redécouvrons ainsi que les vibrants petits ballets du “Bonjour madame, Bonjour monsieur, Merci monsieur, Au revoir madame”, etc. pour acheter son journal sont des petits morceaux de bonheur.
La morale publique d’hier est donc en train de céder le pas à une morale personnelle. Nous sommes encore tous des handicapés moraux, mais quelle avancée ! Même si la victoire n’est pas acquise. La morale qui venait “d’en haut” jadis, est parfois tentée de revenir par nos antennes de TV. Plus globalement, nos personnalités sont mises à rude épreuve par les médias : comment décider par soi-même dans un tel vacarme ? Comment faire silence en soi, retrouver sa sagesse profonde, quand leur logique est de nous faire accepter le modèle mondialisé qu’ils diffusent avec insistance et puissance ? Ce modèle valorise l’image, l’instant et l’émotion, aux dépends du sens, de la continuité et de la raison. Difficile de faire mieux pour engluer nos personnalités et désagréger nos structures de base : grandir, apprendre, mériter, s’intégrer par la famille, l’école, etc. demandent du temps et des efforts. Mais les médias n’ont ni le temps (loi du profit) ni intérêt à valoriser l’effort (loi de l’offre) : au bout du “format télé” (en secondes pour une pub, 25’ pour un sitcom, 50’ pour une série, 90’ pour un film), le héros doit avoir gagné, le méchant perdu, les problèmes être résolus. A les croire, pas d’alternative pour nous : pour rester debout, il ne faut pas trop réfléchir (ils le font pour nous) et notre unique salut est dans la frénésie, le zap, le best-of. Dans le mouvement et la vitesse : comme les toupies. Mais il se pourrait que les révolutions de ces toupies aient des ratés. Avant LA Révolution ? Une Révolution du troisième type, intérieure, toute en douceur ?
Possible, car les signes avant-coureurs d’un éloge de la lenteur (voire de la paresse !) se multiplient. D’une recherche prioritaire du sens, et non plus de la performance. D’une recherche de points d’ancrage, d’unité. D’harmonie. La vie n’a d’intérêt que par son sens, le sens qu’on lui trouve ou qu’on lui donne; or le sens n’advient que par la lenteur. A quoi bon disposer d'Internet, de quantités surhumaines d’informations, si tout se brouille, se mélange dans la tête ? Il est urgent de réapprendre à faire silence en soi, rester immobile, écouter sa conscience chuchoter, écouter son cœur, retrouver ses marques, ses racines. Prendre le temps. De comprendre, d’assimiler. De redonner à l’argent (trop cher) sa véritable valeur. De retrouver le vrai prix de la vie. La véritable valeur des choses simples, des petits riens qui font toute la différence. Retrouver ces petits trésors ensevelis qui émerveillent la vie. Les seuls capables de la réenchanter. Prendre le temps de laisser sa sensibilité se révéler pleinement. Le temps de flâner, suivre ses intuitions, paresser, jouer. De rêver à une ZENération du bonheur.
En attendant ce nouvel âge d’Or (et la retraite à 21 ans ?), je vous propose d’essayer de faire bouger le monde. Même d’un milliardième de millimètre ! C’est si simple. Apprivoisez votre bonheur, émerveillez-vous la vie, voyez-la en rose, enchantez-la : avec cette fraîcheur, cette simplicité retrouvées, vous déroulerez le tapis rose devant vous. Et le bonheur est contagieux : dès ses premiers rayons, votre entourage en profitera. Comme une pluie de pétales de roses. Laissez donc ce livre vous prendre par la main et vous emmener faire un petit tour au bord de vous-même. Exalter le meilleur qui est vous. Ouvrir les portes de votre cœur et les fenêtres de votre âme, laisser s’engouffrer une bonne brassée d’air pur. Réveiller en vous des idées, des sentiments, des sensations, des désirs, qui sommeillaient en vous, juste sur le point d’éclore. Donner corps à ces projets, ces images, auxquels vous pensiez déjà, mais sans les formaliser vraiment.
Bien sûr, vous n’êtes pas d’accord avec l’intégralité des 512 items, et vous auriez envie d’en ajouter tirés de votre expérience : pourquoi ne pas en faire profiter les autres ? La suite est en préparation, écrivez-moi (D. Glocheux, “La vie en Rose”, 50 avenue Foch 75116 Paris. Là où se dressait jadis le féerique “Palais Rose” : ça ne s’invente pas !).
Pour l’heure, il me reste à vous souhaiter bon voyage. Un merveilleux voyage. Ce n’est pas Disneyland, encore moins un supermarché du bonheur à prix coûtant ou le Marx Donald’s d’une philosophie-minute. Mais pour la première fois l’homme est peut-être en train de trouver en lui, les ressources et les réponses aux problèmes qu’il rencontre et se pose depuis qu’il est sur terre : “Qui suis-je, D’où viens-je, Où vais-je ?”.
“I have a dream today” : et si, là où beaucoup ne voient que risque de catastrophe planétaire et pandémie, nous faisions le pari qu’il pourrait s’agir des prémisses d’une renaissance ? Si nous avions au moins la noblesse de favoriser cette métamorphose ?
Pas d’angélisme hâtif et excessif, ceci n’est qu’une vision. Peut-être une voie à suivre. Les philosophes l’ont trop bien montré : “Qui fait l’ange, fait la bête”. Mais enfin, il faut avoir compris que Paris est désormais plus près de New-York que Saint-Flour, il faut avoir téléphoné au bout du monde pour le prix d’une communication à votre concierge grâce à Internet, pour comprendre que nous sommes probablement à l’aube de la plus formidable transcendance de l’homme : la fusion-réconciliation universelle de toutes les religions, de toutes les philosophies. Merveilleux programme, non ?
Alors, si on aidait le monde à avancer un peu ? Même d’un milliardième de millimètre.
Si on décidait de transformer le monde en douceur. Et la vie qui va avec. D’inaugurer une nouvelle façon de vivre, de nouvelles valeurs, des relations plus humaines. Plus grandes, plus fortes, plus belles. Roses comme le bonheur, légères comme les papillons.
Si on décidait d’avoir des papillons roses plein la tête.
Si on choisissait d’être la première Génération Papillon.
Vous connaissez peut-être la théorie du chaos déterministe du climatologue Edward Lorenz, médiatisée sous le nom de “l’Effet Papillon” : le battement des ailes d’un papillon au Brésil pourrait déclencher un cyclone à l’autre bout du monde. Alors imaginez l’effet d’une myriade. De dix, cent, mille, de milliers de papillons ! Roses. Tous, roses ...
Je vous souhaite bon vent, joli papillon. Et surtout, vivez bien ...
Dominique Glocheux
Création et mise en page achevées le 4 mars 1997
sur Venice Beach, Los Angeles
... à un battement d’ailes de Rose Avenue.
© Editions Albin Michel, Paris, 1997-2005
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